En République démocratique du Congo (RDC), un premier candidat vaccin contre la souche Bundibugyo du virus Ebola est actuellement en phase d’essai clinique. L’annonce a été faite par le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui salue une avancée majeure dans la lutte contre une épidémie pour laquelle aucun vaccin ni traitement spécifique n’était jusqu’ici disponible.
Développé par des chercheurs de l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni, le vaccin expérimental ChAdOx1 BDBV utilise la même technologie que celle employée pour le vaccin Oxford/AstraZeneca contre la Covid-19. Plus de 600 000 doses ont déjà été produites, dont 4 000 sont destinées aux essais cliniques. Le premier volontaire a reçu une injection le 24 juillet, moins de trois mois après la déclaration officielle de l’épidémie.
Cette campagne d’essais intervient alors que la situation sanitaire reste préoccupante dans l’est de la RDC. Cinq provinces sont touchées et les autorités sanitaires recensent 3 262 cas cumulés ainsi que 1 437 décès. Selon les experts, le pic de l’épidémie n’a pas encore été atteint.
En parallèle, des chercheurs français de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et de l’Université de Bordeaux publient des résultats encourageants. Leurs travaux montrent que des personnes vaccinées contre la souche Ebola Zaïre ont développé des anticorps capables de reconnaître la souche Bundibugyo. Ces observations laissent envisager une immunité partielle croisée, une piste qui pourrait renforcer les stratégies de riposte en attendant la validation du nouveau vaccin.
Au-delà de l’innovation scientifique, plusieurs spécialistes de santé publique appellent à revoir la gestion opérationnelle de la riposte. Ils estiment que les réponses mises en œuvre reproduisent les limites des précédentes épidémies, en intervenant trop tard dans les communautés.
Selon eux, une approche davantage centrée sur les populations, fondée sur la participation communautaire, permettrait d’identifier plus rapidement les cas suspects et d’organiser une réponse immédiate. Cette stratégie consiste à associer les familles et les leaders locaux au diagnostic précoce, à l’identification des besoins et à la mise en œuvre de mesures compatibles avec les réalités socioculturelles.
Les experts alertent également sur les nombreuses difficultés persistantes sur le terrain : délais dans la prise en charge des malades, insuffisance des capacités d’accueil dans les centres de traitement, manque de personnel, retards dans l’inhumation des victimes et transport de certains cas suspects sur des motos, faute de moyens adaptés. Pour eux, ces insuffisances favorisent la poursuite de la transmission du virus.
En attendant les résultats des essais cliniques du vaccin ChAdOx1 BDBV et les autorisations des autorités sanitaires, les spécialistes insistent sur l’urgence de renforcer simultanément la surveillance épidémiologique, les capacités des structures de soins et l’implication des communautés afin de limiter l’impact de cette nouvelle flambée d’Ebola en République démocratique du Congo.
Nadège Kondo

















