Cinquante jours sans apparition publique. Depuis son départ de Yaoundé le 7 juin pour ce que la présidence a présenté comme un « court séjour privé en Europe », le président camerounais Paul Biya, 93 ans, n’a plus été vu en public. Cette absence prolongée nourrit les interrogations sur la conduite des affaires de l’État et relance le débat sur la gouvernance du Cameroun.
Selon plusieurs médias camerounais, notamment Actu Cameroun et Camer.be, l’activité présidentielle s’est limitée ces dernières semaines à la signature de quelques décrets et à la diffusion de télégrammes officiels, sans qu’aucune communication ne précise la date du retour du chef de l’État. Cette situation rappelle l’absence de 2024, déjà marquée par de nombreuses spéculations sur l’état de santé du président.
Face à ce silence, l’opposition hausse le ton. Le Social Democratic Front (SDF), dirigé par Joshua Osih, estime que le pays fonctionne désormais en « pilotage automatique ». Le député Jean-Michel Nintcheu a, de son côté, appelé le Conseil constitutionnel à constater une éventuelle vacance du pouvoir, tandis que d’autres responsables politiques, comme Cabral Libii, dénoncent un vide juridique, la Constitution ne fixant aucune durée maximale d’absence du président hors du territoire national.
Le pouvoir, lui, rejette ces critiques. Des responsables du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) assurent que le chef de l’État continue d’exercer ses fonctions et qualifient son séjour d’« absence normale » ou de « congé annuel ». Aucune indication officielle n’a toutefois été donnée sur son lieu exact de résidence ni sur la date de son retour.
Au-delà des controverses politiques, cette séquence met en lumière les limites institutionnelles du système camerounais. En l’absence de dispositions constitutionnelles précises encadrant les séjours prolongés du président à l’étranger, chaque absence de Paul Biya ravive les interrogations sur la continuité de l’État, la transparence du pouvoir et la préparation de la succession à la tête du pays.

















