Convocations en cascade, détenus revendiqués, appel au dialogue : le parti de Laurent Gbagbo dresse le tableau d’une pression judiciaire sans précédent sur sa direction. Ce que dit sa déclaration du 15 octobre, et ce qu’elle ne prouve pas encore.
Cinq cadres, cinq convocations, neuf jours. Déposées le 14 octobre au siège du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI), elles invitent autant de dirigeants à se présenter, entre le 15 et le 23 octobre, devant le 8? cabinet de la section antiterroriste du Tribunal de première instance d’Abidjan. Le lendemain, le parti de Laurent Gbagbo a répondu par une déclaration offensive, où il dénonce une « décapitation méthodique » de sa direction.
Un calendrier serré
Daniel Billaud Zéréhoué, secrétaire général adjoint, était attendu le 15 octobre à 9 heures. Emmanuel Ackah, vice-président du parti et directeur de cabinet de Laurent Gbagbo, devait suivre le 16 à midi. Koua Justin Banouakou, premier secrétaire général adjoint, est convoqué ce 19 octobre à 9 heures, puis viendront Dahi Nestor Douhouré, le 21 à 11 heures, et Fabrice Lago, le 23 à 9 heures.
Deux de ces noms ont déjà un statut judiciaire : Koua Justin Banouakou est sous contrôle judiciaire et Dahi Nestor Douhouré est incarcéré. Le PPA-CI affirme que les deux hommes font l’objet des mêmes chefs d’accusation.
Un « plan » dénoncé par le parti
Pour le parti, ces convocations ne sont qu’un épisode de plus. Il rappelle celle de Laurent Gbagbo, le 10 septembre, puis celle de Justin Katinan Koné. Il évoque des menaces d’arrestation que le procureur de la République, Koné Braman, aurait proférées le 15 septembre contre sa porte-parole, Me Habiba Touré. Il cite enfin le placement sous contrôle judiciaire de Sébastien Dano Djédjé, le 12 octobre, par la même section antiterroriste.
Mis bout à bout, ces faits composeraient à ses yeux un plan visant ses instances dirigeantes. C’est sa lecture politique, non un constat établi.
Des chiffres impossibles à vérifier
Le communiqué va plus loin. Plus de 1 600 personnes seraient incarcérées depuis la présidentielle d’octobre 2025, et cinq seraient mortes en détention, sans que les causes aient été établies, assure le parti. Mais le texte ne fournit aucun cas individuel. Ces chiffres ne peuvent donc être vérifiés à partir du seul document.
Libérations, loi de 2005 et dialogue
Le PPA-CI réclame la cessation immédiate de ce qu’il juge être des agissements antidémocratiques et antirépublicains, ainsi que la libération sans condition de tous les détenus qu’il considère comme politiques. Il invoque aussi la loi n° 2005/201 du 16 juin 2005, relative au statut des anciens présidents de la République, des anciens chefs d’institutions nationales et des anciens membres du gouvernement. Selon lui, elle n’est pas assez prise en compte dans certaines décisions visant des personnalités politiques.
Surtout, le parti interpelle le gouvernement et l’appelle à créer les conditions d’un dialogue politique inclusif. Cette démarche serait, dit-il, la seule voie pour sortir d’une succession de crises qui entrave depuis trois décennies la réconciliation nationale. Il réaffirme son attachement au dialogue républicain et demande à ses militants de garder leur calme et de suivre les consignes de la direction.
Jean Jacques Boussou

















