Le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) a présenté sa vision de la justice sociale au cours d’une conférence de presse tenue dans les locaux du parti. À cette occasion, Me Habiba Touré, porte-parole du PPA-CI et ambassadrice du pilier « Démocratie, Justice sociale et Services publics » du Pacte social, a exposé les grandes orientations de sa formation politique sur plusieurs questions liées au quotidien des Ivoiriens, notamment l’éducation, la santé, le logement, l’accès à l’eau et à l’électricité, l’état civil et la justice.
Cette présentation s’inscrit dans une série d’interventions consacrées aux différents piliers du Pacte social porté par le président du Parti Laurent Gbagbo. Pour Me Habiba Touré, la justice sociale ne saurait se réduire à une formule politique ou à la seule justice rendue dans les tribunaux. Elle doit avant tout se traduire dans la vie quotidienne des citoyens, à travers un accès équitable aux droits et aux services publics.
La porte-parole du parti a ainsi posé la question des inégalités liées au lieu de naissance, au niveau de revenu ou encore à la situation sociale des citoyens. Elle s’est notamment interrogée sur la capacité d’un enfant issu d’une famille modeste à bénéficier des mêmes conditions d’éducation qu’un enfant riche, ou encore sur l’égalité d’accès aux soins entre une femme qui accouche dans une région défavorisée et une autre vivant dans une zone mieux équipée.
Le PPA-CI met en cause les priorités de l’action publique
Sans nier les réalisations enregistrées au cours des dernières années, Me Habiba Touré estime que la question essentielle demeure celle de leur impact sur les populations. « La croissance économique et les investissements ont-ils amélioré la vie de tous les Ivoiriens ? C’est là que commence notre désaccord », a-t-elle déclaré.
Sur l’éducation, le PPA-CI relève notamment la persistance de difficultés d’accès et d’accueil dans le système public. Le parti évoque une moyenne de 74 élèves par classe dans le premier cycle du secondaire public, contre une norme administrative de 55 élèves. Il avance également le chiffre de 36 002 enfants qui n’auraient pas pu accéder au CP1 au titre de l’année scolaire 2024-2025.
Pour le parti, ces chiffres traduisent une difficulté majeure : l’État peut rendre l’école obligatoire, mais doit également être en mesure d’offrir une place à chaque enfant concerné. La porte-parole a d’ailleurs repris le témoignage d’un jeune selon lequel « l’école n’est pas faite pour les pauvres », estimant que cette phrase devrait interpeller sur les inégalités persistantes dans l’accès au savoir.
La santé constitue un autre volet important de l’intervention. Me Habiba Touré a reconnu le principe de la Couverture maladie universelle (CMU), tout en estimant que son efficacité doit être évaluée à partir des soins effectivement reçus par les populations. « Une assurance maladie universelle ne se mesure pas au nombre de cartes imprimées ni au nombre de personnes enrôlées. Elle se mesure au nombre de malades effectivement soignés », a-t-elle soutenu.
Logement, eau et justice : les autres priorités
La question du logement a également occupé une place importante dans son intervention. Le PPA-CI dénonce notamment les conséquences sociales des opérations de déguerpissement et défend le principe d’un relogement digne pour les populations concernées. « Pas de déguerpissement sans solution digne de relogement », a affirmé Me Habiba Touré, avant de résumer la position du parti : « On ne combat pas la pauvreté en cassant la maison du pauvre. »
Sur l’eau et l’électricité, le parti estime que les indicateurs de couverture des réseaux ne suffisent pas à mesurer l’accès réel des populations à ces services. « Il ne suffit donc pas de compter les poteaux. Il faut regarder les factures », a déclaré la porte-parole, insistant sur la nécessité de tenir compte de la capacité des ménages à payer effectivement leur consommation.
La question de l’état civil et de la justice a également été abordée. Selon les données citées par le Ministre Parti, environ deux millions d’enfants ivoiriens ne disposeraient pas d’un acte de naissance. Pour le PPA-CI, cette situation peut entraîner une succession de difficultés administratives et limiter l’exercice plein de la citoyenneté. « La pauvreté ne doit jamais condamner un enfant à l’invisibilité », a déclaré Me Habiba Touré.
Sur le plan judiciaire, elle a insisté sur la nécessité d’une justice accessible et équitable. « Un prévenu demeure présumé innocent. La justice ne doit jamais être une peine avant la peine », a-t-elle affirmé, plaidant pour une justice qui soit la même pour tous, « puissant ou pauvre, gouvernant ou opposant ».
Au terme de son intervention, Me Habiba Touré a résumé la conception du PPA-CI en matière de justice sociale par une critique de la seule logique des infrastructures. « La grandeur d’un pays ne se mesure pas à la hauteur de ses ponts. Elle se mesure à la distance qui sépare le plus faible de ses citoyens de la protection de l’État », a-t-elle déclaré.
À travers son Pacte social, le PPA-CI affirme vouloir replacer la chose publique au centre de l’action politique. Le parti annonce que ses propositions seront présentées et chiffrées ultérieurement, après une démarche de proximité destinée à recueillir les réalités vécues dans les régions, les quartiers, les villages et au sein de la diaspora.
L’ambition affichée est résumée par Me Habiba Touré en quelques mots : « Faire de la politique, non pas pour se servir du peuple, mais pour servir le peuple. » Pour le PPA-CI, la réussite de la République devrait ainsi se mesurer moins au nombre d’infrastructures réalisées qu’à l’amélioration concrète de la vie des citoyens : l’enfant qui peut apprendre, le malade qui peut être soigné, la famille qui peut disposer d’un toit et le citoyen qui peut faire valoir ses droits devant la loi.
Jj Boussou

















