En 1997, Lionel Jospin a marqué un tournant majeur dans les relations franco-africaines. À son arrivée à Matignon, il a entrepris de moderniser une politique figée depuis les indépendances et la naissance de la Ve République. Ce choix a mis fin à trois décennies de continuité dans la « Françafrique ».
Le changement le plus visible fut la décision de ne plus intervenir dans les guerres civiles africaines. La France s’est retirée du rôle de « gendarme » du continent, tout en refusant de s’impliquer dans les affrontements de Brazzaville en 1997. Dans la même logique, Jospin annonça la révision des accords de défense, dont certaines clauses prévoyaient une assistance militaire en cas de crise interne. La réduction des forces françaises prépositionnées au sud du Sahara, de 8 000 à 5 000 hommes, et la fermeture des bases en Centrafrique illustrèrent cette volonté.
L’autre bouleversement mémorable est la normalisation des relations diplomatiques. Lionel Jospin a mit fin aux réseaux d’influence et à la toute-puissance du ministère de la Coopération. Il prônait des « relations fraternelles et non plus paternelles ». Le Quai d’Orsay prit désormais la main sur la politique africaine, comme l’a montré la tournée d’Hubert Védrine en octobre 1997. Cette réorganisation devait conduire à la disparition du ministère de la Coopération au profit d’une direction intégrée au ministère des Affaires étrangères à Paris.
Cette modernisation s’imposait après les échecs du printemps 1997, lorsque Paris avait soutenu Mobutu contre Laurent-Désiré Kabila, ou encore lors des mutineries en Centrafrique. Jospin dénonça une politique mêlant « ingérence et impuissance », d’autant plus dépassée que les États-Unis lançaient une offensive diplomatique et économique sur le continent.
Les réformes de Jospin s’inscrivaient dans une continuité : Balladur avait dévalué le franc CFA en 1994, et Juppé avait tenté de réduire le dispositif militaire et de fusionner les ministères. Mais la prudence de Jospin, notamment lors de sa tournée en Afrique en 1997, a montré les limites de cette révolution. Son voyage, centré sur l’immigration et limité à trois pays du « pré carré » (Maroc, Sénégal, Mali), a laissé planer le doute sur la portée réelle de cette modernisation.
Lionel Jospin a ouvert une brèche dans la politique africaine de la France, en rompant avec l’ingérence militaire et en privilégiant des relations diplomatiques plus équilibrées. Toutefois, cette « petite révolution » esquissée en 1997 reste inachevée et son influence, bien que décisive, demande à être confirmée dans la durée.
Source : Les Echos

















