Abidjan, Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) a tenu, jeudi 3 septembre 2026, sa 52ème Tribune du Parti, consacrée à la problématique de l’orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire. Animée par Justin Koné Katinan, quatrième vice-président du parti chargé de la politique générale, la rencontre avait pour thème : « Orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire : de la clandestinité à l’illégalité, la responsabilité exclusive du RHDP ».
Au cours de cette conférence, le PPA-CI a présenté sa lecture de l’évolution de l’orpaillage clandestin dans le pays, en établissant un lien entre son expansion, les mutations politiques et économiques ainsi que la situation sécuritaire. Justin Koné Katinan s’est notamment appuyé sur différents rapports et travaux pour étayer l’analyse du parti.
Dans son propos liminaire, le responsable politique situe l’origine du problème dans l’évolution du phénomène au cours des dernières années. Selon lui, l’orpaillage, autrefois pratiqué de manière discrète et dans des proportions limitées, s’est progressivement étendu jusqu’à toucher 29 régions sur 31, selon les données citées du gouvernement.
Pour le PPA-CI, cette ampleur ne permet plus de considérer l’orpaillage illégal comme une activité marginale. « Le phénomène s’est généralisé pour ne plus se cacher », soutient Justin Koné Katinan, estimant que ses conséquences dépassent désormais largement le seul secteur minier.
Un phénomène aux causes multiples
Le PPA-CI analyse l’orpaillage illégal comme le produit d’un ensemble de facteurs économiques et sociaux. Le parti établit notamment un lien entre la recherche de revenus immédiats, les difficultés d’accès au crédit, le décrochage scolaire, la cherté de la vie et le développement des activités informelles.
le conférencier évoque notamment une économie dominée par la recherche du « cash immédiat ». Dans un contexte marqué par un accès limité aux mécanismes de financement formels et par des revenus souvent faibles ou irréguliers, l’orpaillage apparaît, selon cette analyse, comme une activité permettant de générer rapidement des revenus.
Le PPA-CI relie également cette dynamique à un modèle de consommation qu’il qualifie d’ostentatoire. Véhicules, immobilier, vêtements, téléphones ou dépenses liées aux cérémonies constituent, selon le parti, autant de signes visibles de réussite susceptibles de renforcer la pression sociale autour de la réussite matérielle. Cette situation créerait des aspirations auxquelles une partie de la population ne peut répondre par les voies économiques classiques.
Malgré les opérations de démantèlement menées ces dernières années, le phénomène continue, selon le PPA-CI, à se reconstituer. Le parti cite plus de 8 500 sites démantelés et 4 474 personnes déférées depuis 2021 par le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal.
Le parti critique ainsi une approche qu’il juge essentiellement répressive. Pour lui, la destruction des sites, la saisie des équipements et l’interpellation des orpailleurs ne suffisent pas à traiter les causes profondes du phénomène.
Justin Koné Katinan estime que s’attaquer uniquement aux travailleurs présents sur les sites revient à traiter les conséquences sans s’attaquer aux réseaux qui organisent et financent l’activité. Le PPA-CI appelle donc à cibler également les organisateurs, les financeurs, les fournisseurs d’équipements, les acheteurs et les bénéficiaires des activités clandestines. « On ne combat pas efficacement un mauvais arbre en ne s’attaquant seulement qu’aux feuilles », résume le document.
Le parti établit par ailleurs un lien entre l’intensification récente de la communication gouvernementale sur les opérations contre l’orpaillage et l’échéance d’octobre 2026 du Groupe d’action financière (GAFI), une lecture qui constitue l’une des principales critiques politiques développées lors de la tribune.
Des solutions au-delà de la répression
Au-delà du constat, le PPA-CI avance plusieurs pistes d’action. Le parti propose notamment une cartographie nationale des sites d’orpaillage, un renforcement du renseignement économique et territorial, un contrôle des équipements lourds, la protection des zones hydriques et écologiquement sensibles ainsi que des opérations ciblées contre les réseaux.
Il préconise également un contrôle renforcé des comptoirs et des flux financiers, un audit des dispositifs existants et un renforcement des mécanismes de lutte contre la corruption. Pour mesurer l’efficacité de ces actions, le parti suggère la mise en place d’indicateurs portant notamment sur le nombre de sites identifiés et sécurisés, les équipements saisis, les réseaux financiers identifiés, les procédures engagées, les zones hydriques protégées et les superficies restaurées.
À plus long terme, le PPA-CI défend une transformation du modèle de gouvernance de l’économie aurifère. Il propose notamment de faciliter la formalisation de l’orpaillage artisanal, de favoriser la constitution de coopératives et d’envisager progressivement une filière semi-industrielle nationale.
Cette transition, insiste le parti, ne pourra toutefois être durable sans alternatives économiques crédibles pour les populations qui dépendent actuellement de l’activité clandestine. Le PPA-CI plaide ainsi pour une meilleure inclusion financière, le développement du crédit scolaire et étudiant, une plus grande rentabilité des activités légales dans les zones minières et un soutien accru aux filières vivrières.
Le parti souhaite également que les politiques publiques accordent davantage d’importance aux capacités réelles des populations, notamment à travers l’emploi formel, l’accès au crédit productif, l’achèvement scolaire et la qualité de l’eau.
La protection de l’environnement occupe enfin une place centrale dans les propositions. Le PPA-CI demande l’application effective de la Convention de Minamata, l’instauration du principe pollueur-payeur et une protection prioritaire des bassins versants qui alimentent les usines de potabilisation.
Il propose aussi d’intégrer la dégradation du capital naturel dans la comptabilité nationale afin que les pertes liées à la destruction des terres, des forêts et des ressources en eau soient mieux prises en compte dans l’évaluation du développement.
À travers ces propositions, le PPA-CI entend déplacer le débat d’une logique centrée sur la clandestinité et la répression vers une gouvernance de l’orpaillage fondée sur la traçabilité, la fiscalisation, la participation des communautés, la protection de l’environnement et la responsabilisation des différents acteurs.
Pour le parti, l’enjeu dépasse donc la fermeture des sites clandestins. Il s’agit de s’attaquer aux mécanismes économiques et sociaux qui permettent au phénomène de renaître après chaque opération de démantèlement. Dans sa conclusion, le PPA-CI présente ainsi l’orpaillage illégal comme un phénomène « systémique » et appelle à une réponse politique, économique, sociale et environnementale de long terme.
Jj Boussou

















