Chaque matin, chaque soir, c’est le même supplice. Sur l’axe Bingerville–Adjamé, les travaux de ponts et de reprofilage des rues s’éternisent, transformant la vie des habitants en une longue traversée de souffrances. Les embouteillages s’étirent à perte de vue, les klaxons résonnent, les visages se crispent. Dans ce chaos, les transporteurs véreux trouvent leur compte, surfacturant les trajets au grand désarroi des populations déjà écrasées par la cherté de la vie.
De Bingerville jusqu’au Nouveau Goudron, le transport se paie désormais à 500 FCFA. De là jusqu’à 9 Kilo, encore 500 FCFA. Et ainsi de suite, jusqu’à atteindre Adjamé ou le Plateau. Au total, ce sont près de 2000 FCFA que les travailleurs doivent débourser chaque jour pour rejoindre leur lieu de travail. Une somme qui pèse lourd dans les poches des familles, où chaque franc compte pour survivre.
Aux heures de pointe, le désordre devient insoutenable. Les minutes s’allongent, les heures s’égrènent dans une attente interminable. Les habitants, impuissants, se sentent abandonnés. Les promesses se répètent, mais les travaux ne s’achèvent jamais. Alors, dans les gbaka bondés, certains murmurent une prière, espérant qu’un matin enfin, la route s’ouvre et que la souffrance prenne fin.
Dans ce tumulte, la voix de Madame Koné, septuagénaire commerçante de Bingerville, résonne comme un cri du cœur : « À mon âge, je devrais voyager dans la dignité. Mais chaque jour, je suis obligée de me battre pour trouver une place dans un gbaka rempli. Je paie des sommes folles pour aller vendre mes marchandises au marché d’Adjamé. Parfois, je rentre avec à peine de quoi nourrir mes petits-enfants. C’est une souffrance qui n’en finit pas. Je demande pardon aux autorités pour qu’ils finissent cette route là. ça trop duré ! »
Dans cette galère, les apprentis-Gbaka font la loi. Parfois des bagarres éclatent entre passagers et ces derniers pour des raisons de tarifs de monnaie ou de tarifs excessifs.
L’axe Bingerville–Adjamé est devenu le symbole d’une attente sans fin et d’un désarroi collectif. Les populations n’aspirent qu’à une chose : voir enfin le bout du tunnel, retrouver une route fluide, et respirer à nouveau.
















