La Côte d’Ivoire franchit une étape décisive dans sa stratégie aéronautique avec l’obtention d’un prêt de 35 milliards FCFA (61,1 millions USD) accordé par la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD).
Selon nos sources, ce financement permettra la construction d’un centre MRO (maintenance, réparation et révision aéronautique) à l’aéroport international Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan. Air Côte d’Ivoire pourra ainsi assurer l’entretien de sa flotte et proposer ses services aux compagnies de la sous-région, réduisant la dépendance aux prestataires étrangers.
Ce projet s’inscrit dans une dynamique régionale déjà amorcée par le Sénégal et le Nigeria. À Dakar, l’aéroport Blaise Diagne développe des installations capables de couvrir l’ensemble des niveaux de maintenance, du Check A au Check D, pour Air Sénégal et d’autres opérateurs africains.
Au Nigeria, les initiatives sont surtout privées, avec Aero Contractors qui propose depuis plusieurs années des services de maintenance, et Air Peace qui a lancé en 2025 la construction de son propre centre. D’autres compagnies locales, comme United Nigeria et Ibom Air, ainsi que le gouvernement fédéral, ont également annoncé des projets similaires.
Pour Air Côte d’Ivoire, l’édification de ce centre MRO est directement liée à ses ambitions de croissance. La compagnie nationale prévoit d’acquérir d’ici 2028 quatorze avions moyen-courriers et six long-courriers Airbus. Une flotte élargie implique des besoins accrus en maintenance, et disposer d’infrastructures locales permettra de mieux maîtriser les coûts d’exploitation.
Selon la FAAN, le pays dépense chaque année plus de 2,5 milliards USD pour l’entretien de ses avions à l’étranger. En Afrique, seuls quelques centres MRO existent déjà, notamment en Éthiopie, en Afrique du Sud, en Égypte et au Maroc.
Cependant, la viabilité du modèle MRO africain reste sujette à débat. La fragmentation du marché, la rareté d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et la nécessité de volumes d’activité suffisants posent des défis majeurs. Pour que ces projets atteignent leurs objectifs de souveraineté aéronautique, il sera crucial de mutualiser les capacités, d’harmoniser les réglementations et de bâtir des écosystèmes industriels solides.
La réussite de la Côte d’Ivoire dépendra donc autant de sa stratégie nationale que de sa capacité à s’inscrire dans une coopération régionale durable.
















