Des sociétés minières chinoises s’activent au Zimbabwe pour bâtir des usines de raffinage de lithium. L’objectif est de se conformer à l’interdiction d’exporter le minerai brut, composant clé des batteries pour véhicules électriques.
Harare impose ce raffinage local pour accroître la valeur ajoutée du lithium et générer davantage de recettes fiscales tout en stimulant l’emploi. Cette stratégie séduit désormais plusieurs pays africains, qui cherchent à tirer plus de revenus de leurs ressources minérales, essentielles à la transition énergétique, comme l’a montré le dernier Mining Indaba au Cap en février.
Le Zimbabwe possède des réserves parmi les plus importantes au monde, selon l’Institut géologique des États-Unis (USGS). La demande mondiale de lithium croît rapidement, portée par l’essor des véhicules électriques en Chine et en Europe et la hausse générale des besoins en batteries.
Depuis juin 2025, Harare a annoncé l’interdiction d’exporter le concentré de lithium dès janvier 2027, après une première interdiction de l’exportation du minerai brut en 2022. Les grands acteurs du secteur s’organisent pour s’adapter.
La société Prospect Lithium Zimbabwe, détenue par le chinois Zhejiang Huayou Cobalt, a investi 400 millions de dollars pour construire une usine de raffinage qui sera bientôt opérationnelle. Patience Chizodza, responsable communication, précise qu’il s’agira de la première unité africaine produisant du sulfate de lithium, à hauteur de 50.000 tonnes par an.
Mutapa Energy Minerals, contrôlée par l’État zimbabwéen, prévoit de démarrer la construction d’une usine similaire d’une capacité de 600.000 tonnes par an, pour un coût de 270 millions de dollars financé par des capitaux chinois.
La plus grande mine du pays, Bikita Minerals, propriété du chinois Sinomine Resources Group, prépare également un projet de production de sulfate de lithium, évalué à 500 millions de dollars et développé en plusieurs phases, afin de renforcer la valorisation locale et la diversification des exportations.
Mercredi, le ministère des Mines a anticipé l’interdiction de l’exportation de tous les minerais et concentrés de lithium, dix mois avant l’échéance initiale, laissant incertain l’impact sur les projets en cours.
La consommation mondiale de sulfate de lithium a augmenté de 20 % en 2025 par rapport à 2024, selon l’USGS. L’exploitation a généré plus de 570 millions de dollars de revenus pour le gouvernement zimbabwéen cette année-là.
Pour autant, certains experts estiment que le gouvernement tarde à construire un véritable écosystème local. Farai Maguwu, du Centre pour la gouvernance des ressources naturelles, critique un « trop peu, trop tard », tandis que l’économiste Godfrey Kanyenze souligne le contrôle limité de l’État sur les mines détenues par des capitaux chinois et les problèmes environnementaux et sociaux persistants.
Selon eux, le Zimbabwe pourrait s’inspirer de pays comme la Norvège, le Botswana ou le Koweït, qui ont su protéger leurs ressources grâce à des politiques cohérentes et stratégiques.

















